Pourquoi est-il rentré dans l’Histoire ?

STRASS (Georges Frédéric) Comment a-t-il bouleversé le monde des bijoux ?

Si les diamants sont les meilleurs amis des femmes -dixit Marilyn Monroe-, il est d’autres pierres tout aussi étincelantes et très appréciées. C’est le cas de celle obtenue par une étrange alchimie : un mélange d’oxyde de plomb et de pâte de verre à quoi l’on ajoute une feuille d’argent pour renforcer le côté brillant : le strass.
Son inventeur n’est autre que Georges Frédéric Strass ! Né en Alsace en 1701, ce joaillier a pour ambition de proposer des pierres d’imitation relativement bon marché à sa clientèle. Après avoir fait son apprentissage chez Abraham Spach, l’un des grands orfèvres de Strasbourg, il s’inspire d’une technique anglaise de fabrication du cristal qu’il améliore et renforce en changeant les proportions de plomb et de verre pour créer une pierre extrêmement dure. Celle-ci reflétant parfaitement la lumière, il y ajoute des sels métalliques pour jouer avec la couleur. Cette pierre artificielle ressemble tant aux pierres précieuses qu’on la nomme « simili » ou « pierre du Rhin » en hommage à sa région. A cette époque, les gisements indiens où s’approvisionnent les Européens s’épuisent et les mines de diamant du Brésil ne sont pas exploitées au maximum de leur capacité, d’où la rareté et le prix quasi inabordable de cette gemme. Dès 1730, Strass crée son propre atelier. Le succès est immédiat et se propage jusqu’à la cour. Louis XV lui-même s’en entiche et nomme Strass joaillier du roi en 1734.
On met des « pierres de Strass » partout et en toutes occasions : sur les vestes, les jabots, les souliers et même dans les cheveux, une popularité grâce à laquelle « strass » devient nom commun dès 1748 ! Si le strass est inventé pour imiter le diamant, très vite, de nombreuses autres pierres sont concernées. On veut « briller » en société, au point de donner naissance à une nouvelle corporation, celle des joailliers « faustiers », autrement dit spécialisés dans les faux. Ces bijoux ouvrent le marché à une clientèle moins fortunée, raison pour laquelle la haute société s’en désintéresse progressivement. Le strass est d’ailleurs souvent associé encore à un bijou de piètre qualité, ornant des pièces de mauvais goût ou de facture peu soignée. Pourtant, certaines pierres de strass réussies sont aujourd’hui aussi recherchées que les vrais diamants ! La robe portée par Marilyn Monroe à l’anniversaire du président Kennedy en 1962 par exemple, robe fourreau en gaze de soie blanche entièrement parsemée de strass, s’est vendue à 1,3million de dollars aux enchères quelques décennies plus tard ! Désormais presque indissociable des paillettes et du « tape-à-l’œil » dans le langage figuré, le strass ne plaît néanmoins pas à tout le monde, pouvant être synonyme d’une apparence trompeuse.
Richissime et pourtant vieux garçon, notre Georges Frédéric Strass mourra seul en 1773 -preuve s’il en était besoin que les pierres, même semi-précieuses, n’attirent pas toujours les femmes !