Pourquoi est-il rentré dans l’Histoire ?

Rubrique un peu délaissée ces derniers mois, j’ai envie de rouvrir l’excellent livre de Stéphane Bern

VESPASIEN. Pourquoi le nom d’un empereur romain a-t-il servi à désigner les urinoirs publics ?

L’empereur romain, tout l’monde connaît ? Enfin, presque, surtout pour les « vespasiennes », plus communément les urinoirs ou pissotières 😆

Voici que qu’écrit Stéphane B. :

« L’argent n’a pas d’odeur », du latin pecunia non olet, vous utilisez peut-être cette expression, mais savez vous à quoi elle fait référence ? Figurez vous qu’elle est liée aux vespasiennes, autrement dit aux urinoirs publics pour hommes, nom emprunté à celui de l’empereur romain Vespasien. Comment le fondateur de la dynastie des Flaviens et le bâtisseur du colisée de Rome a-t-il pu être associé à une chose aussi triviale qu’un lieu d’aisances public ? On lui a souvent attribué à tort cette invention, mais l’histoire est plus complexe que cela…
A la mort de Néron qui laisse l’empire sans successeur et en prie à la guerre civile, Vespasien, passé par un temps de trouble après avoir été proconsul d’Afrique, revient dans les affaires publiques. En 69 après J.-C., après avoir éliminé ses deus grands rivaux, Othon et Galba, il s’installe sur le trône impérial et consacre sa décennie de règne au redressement politique et économique de Rome, entreprenant un programme de grands travaux. Pour cela, il lui faut d’abord remplir les caisses de l’Etat ! Vespasien doit donc multiplier les impôts. Et en la matière, il semble que sa créativité ait été sans limites, puisqu’il va jusqu’à taxer les urines !
A l’époque, celles-ci sont très prisées car elles contiennent de l’ammoniaque, utile pour nettoyer et traiter les toges. C’est notamment grâce à l’urine que les hommes qui prétendent à la fonction élective peuvent se parer d’une toge d’un blanc éclatant (la toga virilis candida, de laquelle vient notre candidat !). Cette urine cependant est péniblement collectée par les teinturiers dans les endroits où elle est produite (thermes, latrines, fosses d’aisances). Vespasien a alors une idée en or : il décide de créer un réseau de canalisations permettant d’acheminer l’urine chez les teinturiers, qui devront bien sûr payer une taxe pour avoir accès à cette matière première ! Voilà qui explique mieux le sens de cette expression.
Traversons les siècles jusqu’en 1834 où le comte de Rambuteau, alors préfet de la Seine, prend la décision de faire disposer des toilettes publiques sur les trottoirs de Paris. Afin de taire les railleries de l’opposition qui baptise rapidement ces constructions colonnes Rambuteau, le comte propose l’expression vespasienne et s’évite ainsi une postérité peu reluisante ! Pour la petite histoire, ces pissotières, comme on les nommera aussi dès leur apparition, seront vite surmontées de publicités, pratique qui donnera naissance aux colonnes Morris, faisant maintenant partie intégrante du paysage parisien.
Si leur présence dans l’espace public a considérablement diminué, on trouvait au XIXe siècle des vespasiennes dans les rues de toutes les grandes villes d’Europe. Souvent à 3 places, elles étaient un lieu de rencontre prisé par les prostitués masculins et de rendez-vous pour les résistants pendant la Seconde Guerre mondiale en vue d’y échanger des informations hautement secrètes. L’Histoire s’écrit parfois dans les lieux les plus inattendus ! »

Mais pourquoi ce choix, Soène ? Tout simplement parce que la semaine dernière, en me baladant sur le site abandonné de l’hôpital Sainte-Eugénie -tout prêt du chantier de l’extension du métro B- j’ai retrouvé ce « petit monument historique », abandonné mais plein de charme.